Critiques et avis sur le film "in america" ajouté par phab le 11/11/2008 sa note
Jim Sheridan, le brillant réalisateur d’Au nom du père, nous emmène In America au cœur de sa propre histoire. In America, co-écrit avec ses deux filles, est en effet un récit largement autobiographique qui relate l’arrivée de la famille Sheridan au pays des rêves, les Etats-Unis d’Amérique, venue pour tout recommencer et surtout tenter d’oublier un peu la perte du fils aîné.
Pour Johnny, le père, il s’agira de percer en tant qu’acteur et de sortir sa famille, encore traumatisée par le deuil, de sa condition précaire, au cœur d’un quartier de New York délabré. Cette tragédie familiale est bien sûr au cœur de ce film. Toutefois, cette psychothérapie très personnelle ne traite pas que de ce sujet délicat qu’est la perte d’un enfant. Les maux consécutifs à cette expérience américaine s’évacuent aussi en évoquant la lutte quotidienne des immigrés (et plus encore la lutte acharnée et terriblement courageuse de deux parents décidés à (re)vivre pour leurs filles), les injustices sociales, ou pire, les petites injustices de la vie qui s’abattent trop régulièrement sur les démunis.
Comme il est facile d’imaginer à quel point le sort de cette famille (et de tant d’autres dont elle est l’exemple) pourrait être amélioré par de petits riens qui tardent à se manifester. Ainsi, ce sont dans les petites victoires de la vie (des moments simples remplis d’affection et d’attention) que la famille trouve ses plus beaux encouragements. Dans un cadeau arraché au destin, ou dans la rencontre inattendue avec un artiste fou, désespéré et magnifique. C’est dans cette union forcenée que la petite famille résiste aux coups durs assénés par leur condition et leur deuil : celui-ci plombe chacun de leurs moments de désarroi mais soulève leur amour propre et leur solidarité à tout moment.
Samantha Morton (Accords et désaccords, Minority report, Morvern Callar) est bouleversante dans le rôle de la (jeune) mère tandis que Paddy Considine campe avec la force et le talent nécessaire celui du père-courage dans lequel on imagine aisément l’acteur fétiche de Sheridan, Daniel Day-Lewis. Djimoun Hounsou (Amistad), force de la nature, puits d’énergie vitale et de tendresse, incarne l’artiste avec humilité et profondeur.
Jim Sheridan a choisi par ailleurs les deux jeunes sœurs Bolger, donc vraies sœurs à la ville, pour nous délivrer son histoire, puisque la sœur aînée n’est autre que la narratrice. Les maux s’évacuent ainsi également par les maux d’enfants, par une vision et des mots à la fois enfantins et matures, qui ne perçoivent pas totalement la réalité adulte sans pour autant en être étrangers. Mélodrame poignant devant lequel il est difficile de retenir quelques larmes (ce qui justement en irritera certains), In America est un témoignage personnel, très affectif, et intelligent sur la perte (d’un enfant, d’une patrie) et la (re)découverte (d’un pays, de la vie, de soi-même).