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La plus grande qualité de "Sympathy For Mr Vengeance", outre son scénario d'une densité et d'une richesse incroyable, c'est son grand souci de la multiplicité des points de vue. On suit Ryu avec toute l'empathie que ce doux rêveur, plein de bonne volonté, mais un peu loser sur les bords, mérite. Mais on suivra de la même façon, et en lui accordant notre empathie avec légitimité, un personnage qui survient vers le milieu du film et qui veut tuer Ryu. C'est là, réellement, la force de ce film qui prend le temps de nous attacher aux personnages, juste parce qu'ils sont humains, et indépendamment de leurs buts et motivations. Du coup, la violence dont le film n'est pas exempt est loin de passer pour gratuite ou esthétisée puisqu'elle touche des personnages qui ont acquis, au fil du film, toute notre sympathie. Et le titre prend ici toute sa dimension.
Il y a un peu de Kitano dans ce film, dans la relation de Ryu avec sa sœur malade. Il y a un peu des frères Coen aussi, dans la tendance de Ryu à systématiquement foirer ce qu'il entreprend, si ce n'est que Park, lui, ne méprise pas ses personnages. Il y a une urgence et une nervosité toute hongkongaise aussi, qui n'est pas sans rappeler un certain Fruit Chan, bricoleur de génie qui réalisa "Made In Hong Kong". Mais il y a surtout, derrière ce film, la marque d'un excellent réalisateur, très inventif. Il y a une multitude de plans dans "Sympathy for Mr Vengeance" et un bon nombre d'entre eux dénotent une vraie recherche esthétique, prenons juste pour exemple ces plans de Ryu qui suit les trafiquants d'organes dans leur repaire.
Enfin,Chan-Wook Park se révèle doté d'une conscience aiguë de son époque et de la société dans laquelle il vit. Il porte un regard critique mais loin d'être manichéen sur son monde. Le PDG néo-libéral est donc sans scrupule, dénué de toute compassion quand il licencie un employé, l'acculant au suicide. Mais il se révèle humain dans d'autres circonstances. Le système économique de la Corée du Sud est joyeusement éreinté, mais Park égratigne aussi le communisme et l'idéalisme qui ne veut pas voir la part d'ombre des régimes qui s'en réclament. Il le fait à travers le personnage de la jeune amoureuse de Ryu qui sera victime de tortures dignes des geôles staliniennes, elle qui pourtant débordait de bonne volonté et de convictions… Au passage, le film se révèle, à la fin, hanté par la même peur de l'infiltration d'agents du nord qu'un film plus classique et bien moins intéressant tel que Nom de code : Shiri. Ce qui prouve l'état de tension qui persiste encore entre les deux Corées et qui transpire jusque dans les films qui nous parviennent.
On le voit, le souci majeur d'une partie du jeune cinéma coréen semble être de privilégier tous les points de vues des protagonistes pour nous livrer des films à mille lieues du manichéisme et des facilités qui ont cours dans le cinéma occidental. Une leçon d'humanisme et d'universalité sous des dehors de petit polar inventif.
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